13 octobre, 2009

Le ruban blanc de Michaël Haneke

Classé dans : Non classé — henrychapier @ 17:25

« Le Ruban Blanc » nouveau film de Michael Haneke, et Palme d’Or du festival de Cannes 2009 est à coup sûr son œuvre la plus accomplie, celle qui se distingue de toutes les autres par sa maturité, son message universel, et une belle distance sur son penchant naturel, à savoir la volonté obsessionnelle de déranger avec une certaine jouissance légèrement perverse de son spectateur.

Curieusement, une grande partie des critiques ont cédé à un réflexe pavlovien : comme le récit se situe dans l’Autriche des années vingt, on n’a voulu voir dans ce film qu’un prélude à l’époque nazie. Or la vision pessimiste de Michael Haneke sur la nature humaine dépasse les limites de la géographie et de l’Histoire, dès lors qu’elle relève d’un constat valable sous tous les méridiens et à n’importe quel moment de l’évolution de nos sociétés. Pour être clair, la conviction profonde de Michael Haneke est qu’il n’y a guère d’évolution ou de progrès dans le comportement des êtres, une philosophie partagée par Berkeley et Shelley qui expriment déjà au XIXème siècle que le « human betterment » était une chimère, que les religions ou les lois sociales les plus sévères n‘étaient qu’un paravent hypocrite, sinon la plus dangereuse des contraintes.

Le fait que Michael Haneke situe son récit au cœur d’un village allemand protestant aux alentours de 1913, qu’il choisit à dessein la beauté du noir et blanc, ou encore qu’il décrit avec minutie les rapports sociaux tendus qui font partie du quotidien de ses habitants laisse penser que « le Ruban Blanc » est un film historique.

Figure centrale du récit, le pasteur père d’une famille nombreuse, impose à ses enfants un code de la pureté et de l’innocence, fait de sévices et de châtiments. Cette violence les victimes du bourreau l’exercent en retour sur leurs propres congénères, ce qui nous rappelle la vision d’un La Bruyère qui pensait qu’à l’origine les têtes blondes étaient par définition dès leur naissance des monstres en devenir.

Faut-il penser dès lors que Michael Haneke réduit son propos à l’émergence du nazisme, alors que de telles situations perdurent dans nos sociétés contemporaines pour ne citer que ce qu’inflige de nos jours la loi islamique aux femmes en Afrique ou en Asie, et bientôt en Europe ?

Parsemé d’énigmes, « le Ruban Blanc » laisse chacun libre de ses interprétations, ce qui rend ce film curieusement interactif et dans l’air du temps. Paradoxalement, il nous interpelle par tout ce qu’il insinue et ne montre pas, jouant autant sur notre imaginaire que sur notre admiration à l’égard de l’esthétique de sa réalisation.

Mais trêve de superlatifs : ne manquez sous aucun prétexte l’arrivée le 21 Octobre prochain du « Ruban Blanc » sur nos écrans.

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