16 avril, 2010

La tyrannie du bonheur

Classé dans : Non classé — henrychapier @ 12:03

La tyrannie du bonheur

Si Karl Marx a défini jadis la religion comme « l’opium du peuple », les démocraties occidentales ont inventé de nos jours la tyrannie du bonheur face au déclin des idéologies, des valeurs spirituelles, et autres utopies motrices censées fédérer les individus.

En principe, toute dictature connaît à un certain moment de son histoire une rébellion, des mouvements sociaux, une opposition politique. Ce n’est pourtant guère le cas pour celle qui exalte le bonheur, pour la bonne raison qu’elle repose sur une méthode de persuasion insidieuse qui fausse le jugement critique à force d’un travail de sape sur l’inconscient de chacun.

Dans les années 70 Vance Packard – sociologue américain – avait déjà décrypté l’importance des médias et notamment celle des chaînes de télévision dans cette entreprise de colonisation de chacun. Le flot continu d’images en est arrivé à convaincre ceux qui les regardent qu’il s’agit d’un reflet de la réalité, et non d’un univers fabriqué dans le but de domestiquer des millions de consommateurs. Cette stratégie qui joue sur l’ego, et l’aspiration au mieux être s’est révélée d’une diabolique efficacité, au point qu’aucun téléspectateur n’y échappe désormais.

Dans une société où l’idéal se réduit à l’exaltation de la vie privée, qu’il s’agisse de la réussite matérielle, de la valorisation du corps, ou encore de la vie du couple, c’est le bonheur vécu dans ces domaines par chacun qui l’emporte sur les enjeux collectifs.

La fronde de Mai 68 et notamment l’échec de ce mouvement d’idées ont laissé la place aux démons de la consommation, et à la savante manipulation d’une série de clichés et de mythologies propres à satisfaire ce rêve de bonheur qui permet tout à la fois d’endormir la moindre prise de conscience, et de se calfeutrer dans son ego.

Du coup, être heureux à tout prix devient la nouvelle obligation citoyenne, aux dépens de l’intérêt porté aux autres, à la légitimité même d’un combat pour une cause.

Toutefois, il est vrai que les sondages auprès des jeunes générations nous apprennent qu’il existe des îlots de résistance chez les adolescents qui rêvent de s’engager pour échapper à la médiocrité ambiante, au manque de repères ou de motivations exaltantes. Ces cas exceptionnels constituent une minorité d’individus, ils choisissent la religion, la lutte politique ou vont s’expatrier en Afrique ou en Asie pour intervenir là où règnent la famine, le manque de soins, l’illettrisme, en un mot toute la misère des pays pauvres et oubliés.

Cette bouffée d’idéalisme ne compense guère l’indifférence des nantis soucieux d’augmenter leurs énormes profits sur le dos des victimes consentantes du système. C’est ainsi que la stratégie de la société de consommation s’affine et redouble d’astuces pour évoluer sur un rythme endiablé.

Des milliardaires américains dont Bill Gates est l’exemple le plus connu, pressentaient depuis longtemps les effets néfastes de cette tyrannie à travers la création des nouveaux outils informatiques devenus indispensables pour préserver sa place dans la mondialisation, et l’idée leur est venue de créer des fondations humanitaires dotées d’énormes budgets propres à pallier l’incurie des gouvernements. Autrement dit, le moment était venu de « moraliser » le profit et d’acquérir une fois encore – grâce à la médiatisation – une structure de bon apôtre.

La crise financière et la menace d’un effondrement du système capitaliste n’auront guère changé la donne. Or l’interdépendance économique imposée par la mondialisation démontre que si les mentalités évoluent, le système demeure. Cela transparaît à travers toutes les campagnes médiatiques qui valorisent la gesticulation de gouvernements et chefs d’Etats résolus – grâce aux écrans de la télévision et à la presse écrite – à calmer l’opinion et prouver leur bonne foi.

La version d’un capitalisme « new look » surveillé par les états reste un leurre, tant il est vrai que rien ne doit menacer la tyrannie du bonheur. Cependant l’espoir d’une métamorphose radicale de nos sociétés pourrait s’opposer à la résignation actuelle et compter parmi les utopies motrices qui pourraient poindre à l’horizon.

Les ayatollahs de l’écologie et de la décroissance sont déjà là pour l’annoncer. Toutefois conscients du danger qu’ils représentent, les gardiens du vieux système récupèrent le fantasme d’une économie verte, l’intègrent à leur discours, et y trouvent les sources de nouveaux profits.

La révolution du capitalisme reste une affaire de posture et de vocabulaire. Quant à la tyrannie du bonheur, elle change de couleur et emprunte résolument d’autres chemins.

Drôle de famille

Dans notre société française qui se veut laïque et républicaine, mais qui respecte la liberté des cultes, la dictature du bonheur repose sur l’exaltation de la famille. Devant le déclin des idéologies, la méfiance à l’égard des jeux politiques, la crise des vocations et des effectifs de l’Eglise catholique, la famille reste pour ceux qui nous gouvernent – qu’ils soient de droite ou de gauche – une valeur sûre et un élément fédérateur.

Mais de quelle famille s’agit-il vraiment dans notre société de l’argent- roi et du culte du profit ?

Au fameux cri d’André Gide – « famille je vous hais » – le pouvoir actuel répond « famille je vous aime » par le biais du discours mais aussi par des mesures concrètes en faveur de la natalité, et de l’éducation des enfants. Or il se trouve que la famille concernée évoque la monade de Leibnitz, circonscrite au maximum à cinq personnes, à leurs intérêts matériels, et à la gestion de leur vie privée, loin de toute implication dans les débats qui agitent la société au sens large. Autrement dit, cette famille moderne pratique l’égoïsme et l’indifférence, en fabriquant un véritable cordon sanitaire autour de son territoire économique et social, la quête de son propre bonheur lui semblant une vertu cardinale.

Nous sommes à des années-lumière de la bourgeoisie post-industrielle qui inculquait à ses descendants le sens des responsabilités civiques et du devoir, et un certain paternalisme dans la conduite des entreprises.

Il n’est pas question d’idéaliser ce passé, ni d’oublier les pages sombres des luttes ouvrières. Mais à l’époque des chefs du personnel transformés en directeurs des ressources humaines, le climat des relations entre les individus est désormais fondé sur des rapports de force privés d’écoute de l’autre, et chargés de violence contenue.

Il reste pour se consoler l’oasis de bonheur que représentent pour des millions de déçus les joies de la famille, savamment orchestrées par les stratèges du marché : les fêtes des mères, des pères, des grand-mères, l’importation d’aberrations comme Halloween, appellent des cadeaux, des repas gastronomiques, et d’incessantes nouveautés du prêt-à-porter. Si les milieux modestes ont du mal à suivre ce déchaînement d’offres tout au long de l’année, personne n’y échappe au moment de Noël, de la Saint-Sylvestre. Au pied du sapin, on se souvient peu de la signification religieuse de la fête, vu que l’instant sacré est celui de l’échange des cadeaux, ce rite étant adopté depuis longtemps par les adultes avec l’alibi de contenter les enfants.

Au cours de cette période où règne la fièvre des achats, le chiffre d’affaires des boutiques de luxe comme celui des grandes surfaces connaît une véritable embellie, et concerne également ceux qui pensent être exonérés de cette obligation citoyenne en partant en vacances.

Toutefois qu’ils savourent le bonheur familial sur des plages asiatiques ou des cimes enneigées, ils savent bien qu’ils ne pourront déroger à cette règle en raison des projections des photos numériques ou des vidéos prévues pour leur retour.

Un conditionnement diabolique relayé par les médias et le conformisme de tous les acteurs économiques et sociaux finissent par piéger les plus récalcitrants et culpabiliser les célibataires qui ne cautionnent pas ce rite. Il en va de même pour ceux qui vivent en union libre, pour les familles dites recomposées, et pour les fameuses monoparentales.

Dans ce contexte, l’argent-roi devient le souci majeur et transforme les liens de la famille en un groupement d’intérêts économiques, le dénominateur commun qui les unit étant le même que celui d’une société de personnes ou encore d’une civile immobilière.

La dictature du bonheur s’impose aussi à ceux qui ont de tout temps contesté l’ordre établi : les revendications des milieux gays et lesbiens sont exclusivement orientées vers l’égalité des droits et avantages sociaux, ces minorités jadis remuantes et inventives ayant choisi désormais la banalité. Certaines statistiques les désignent malgré tout comme les alliés inconditionnels de la surconsommation, et d’excellents relais des services marketing. Cela explique qu’ils soient devenus pour le lancement des nouveaux produits une cible privilégiée, ce que l’on peut constater pour les campagnes de publicité réalisées dans ce but par la télévision. Les voilà considérés par le système comme une famille au sens large, autrement dit une communauté dont il convient d’assurer le bonheur en attisant des désirs appropriés.

On aurait tort d’imaginer que les différentes religions pratiquées en France rejettent l’offensive du marketing : tout en respectant les différents rituels, les minorités juives et musulmanes deviennent à leur tour des cibles à l’intérieur de la société de consommation.

Les uns comme les autres créent une industrie alimentaire propre, et des commerces florissants soutenus par l’utopie motrice de la famille, et un réflexe identitaire de plus en plus affirmé. En dehors de certains îlots qui considèrent que leur confession implique une morale et une philosophie allant bien au delà de l’observance tâtillonne des rites, une large majorité succombe au mimétisme général fabriqué par les usines du bonheur.

Toutefois parmi les grandes religions du Livre, seul l’Islam réussit à rappeler à ses fidèles ce que signifient la famille et la communauté solidaire entre tous les êtres. Il reste que pour le statut de la femme une longue pratique du machisme se manifeste par des comportements en contradiction formelle avec les préceptes du Coran. Pour s’émanciper, les jeunes filles adhèrent aux mœurs occidentales, affirment le besoin de se libérer de la tutelle masculine, et n’acceptent plus les mariages arrangés ou forcés, ou encore la condition d’une femme-objet cachée derrière son voile et destinée aux tâches ménagères ou à la procréation.

Cette fronde gagne tous les milieux socio-professionnels, et les statistiques confirment à quel point les jeunes musulmanes deviennent – par ailleurs – les alliées objectives et consentantes de la dictature du bonheur. La majorité laïque et républicaine se félicite de la vigueur de ce phénomène, et y voit un facteur positif d’intégration. Il reste que notre modèle est imparfait, qu’il n’a pas éradiqué les discriminations, et que la course au profit creuse les inégalités et accentue la précarité au point que ceux que l’économie de marché laisse au bord de la route se réfugient dans le système de l’assistanat. Derrière les slogans sur l’égalité des chances et l’accès à la culture, proclamés par nos hommes politiques qu’ils soient de droite ou de gauche, une tout autre réalité se profile : l’éducation scolaire, la formation professionnelle, l’impératif que représentent pour le pays l’innovation et la recherche passent dans l’ordre des priorités bien loin derrière le tapage médiatique des manifestations sportives qui nous rappellent la stratégie de César face au peuple romain.

Le Marché du sport

Cette version antique de la dictature du bonheur à travers les jeux ne comportait pas les enjeux financiers astronomiques d’une Coupe de football, ni cette surenchère des droits de retransmission télévisée qui a fait de la prétendue noblesse du sport une formidable affaire d’argent. La compétition excite l’orgueil national, déclenche la violence et même des débordements de haine, là où l’on attend du sport une certaine rencontre des cultures et une stimulation de l’effort pour ceux qui participent dans des méga-stades aux exploits de leurs idoles chèrement côtés en bourse. On s’intéresse à peine aux travaux d’un Prix Nobel, mais beaucoup aux discours verbeux d’un joueur de football éliminé du terrain par un tendon blessé, incident qui mobilise la nation tout entière révoltée par cette injustice !

Aucune voix ne s’élève contre cette dérive, les hommes et les femmes politiques étant les premiers à se montrer dans les stades, persuadés que leur présence équivaut à une valeur ajoutée pour leur image. La compagnie de Zidane était à l’époque de son triomphe plus recherchée que celle d’un Luc Montagnier dont le mérite n’aura consisté qu’à être avec le professeur Max Gallo le découvreur du virus H.I.V…

Enfin, les transferts de joueurs d’un club à l’autre démontrent qu’ils n’ont guère d’attachement à un drapeau national à partir du moment où l’offre venue d’ailleurs est assez alléchante pour leur faire sauter – sans état d’âme – le pas.

Ces champions idolâtres sont entourés d’experts financiers, d’agents et de capitaines d’industrie. Ils consentent à lancer des produits, à devenir des marques lucratives, en un mot à faire commerce de tout, moyennant des royalties confortables.

La plupart sont persuadés que le sport fait le bonheur des peuples, et qu’ils y contribuent. Or, il n’est pas évident que leurs performances suscitent des vocations ou une émulation chez leurs supporters alors que les bandes de « hooligans » qui s’affrontent à la sortie des stades mobilisent des forces de police considérables face à ces violents casseurs.

Bien loin des préceptes du baron de Coubertin qui annonçait haut et fort que l’important est de participer, pour triompher dans l’arène comme on le fait dans les milieux d’affaires, il faut avoir « la niac ».

En conséquence, personne n’osera prétendre qu’à l’instar de la musique, le sport adoucit les mœurs. Des expériences pédagogiques en milieu carcéral ou dans les quartiers pudiquement appelés « défavorisés », menées sous haute surveillance par des moniteurs compétents ont parfois réussi à canaliser la violence par le biais des épreuves sportives.

Cet exemple est souvent invoqué pour faire oublier les profonds ravages de l’industrie du sport dans les milieux populaires souvent assez naïfs pour croire à la beauté d’une compétition dont l’objectif premier reste de brasser de l’argent.

Curieusement, des grands rassemblements comme le Teknival ou les raves autour de la musique électronique et de ses D.J. réunissent pendant 24 ou 48 heures plus de 40.000 personnes sans connaître le déchaînement de violences d’un match de football.

Il n’empêche que ce sont des manifestations rarement autorisées, au motif que les participants s’y rendent sous l’empire des drogues. C’est oublier bien vite les scandales récurrents qui ternissent l’image du fameux Tour de France où sévit allègrement le dopage au grand dam des contrôles de plus en plus sophistiqués et aptes à discerner par le biais des tests le recours aux substances interdites.

Du côté du pouvoir et de l’opinion, le Tour sera toujours considéré avec beaucoup de bienveillance, en raison du volume d’affaires qu’il représente et de l’apparent bonheur qu’il déclenche à travers tout le pays de 7 à 77 ans, avec ces milliers de gens massés au bord des routes. Quant à la « techno » que s’approprient les jeunes, son économie se passe en circuit fermé sur la base d’échanges et de trocs, loin de tout esprit de lucre.

Rien ne hérisse autant les spécialistes du marketing et les acteurs du marché que cette façon de vivre l’événement en se passant de leurs services. Il en va de même des agents de l’Etat en plein désarroi face à la difficulté de prélever impôts et taxes sur les prestations des artistes ou sur des droits d’entrée réglementés, comme cela se passe pour les méga-concerts ou tournées à caractère officiel. Cet espace de liberté doit sa survie au caractère saisonnier et exceptionnel de ces rassemblements, et parfois à la crainte des autorités – maires ou préfets – qui préfèrent pactiser avec les associations de jeunes plutôt que de faire face à une révolte générationnelle prête à revêtir une coloration politique.

L’instinct frondeur se propage cependant bien au-delà des combats et compromis passés à l’occasion des raves : le désir d’échapper aux contraintes du système gagne la vie quotidienne surtout à la faveur de la crise, et à l’épouvantail d’une récession. En période de prospérité – comme cela était le cas dans les années 70 – le rêve des communautés hippies semblait une utopie propre aux enfants gâtés, ces fameux « golden children » qui peuplaient les campus des universités californiennes.

Aujourd’hui que les excès du libéralisme sauvage frappent des millions d’individus, un véritable changement des mentalités est en train de s’opérer, et la question d’un « vivre autrement » se pose avec acuité.

Du coup, la valeur bonheur, dogme de la société de l’hyper-consommation est battue en brèche par la montée en puissance des écologistes et par l’attrait de la philosophie bouddhiste qui prêche la sagesse, la paix intérieure, et la solidarité. Sociologues et psychanalystes s’interrogent sur la légitimité de la course aux biens matériels, et à ces besoins fabriqués, dans le but de maintenir la passion, la dépendance, et même l’addiction des citoyens.

Pour le moment, les alternatives à la dictature du bonheur surgissent essentiellement à l’intérieur des minorités : à la différence des années 70, l’environnement actuel les rend plus crédibles d’autant qu’on les expérimente sur le terrain. C’est ainsi que l’imaginaire des chercheurs inspirés propose des concepts révolutionnaires pour l’architecture des nouvelles villes, la construction de maisons individuelles propres à capter l’apport de la lumière, du soleil et du vent selon l’implantation du site.

Ces voix qui défendent une architecture intégrée aux différents visages de la nature s’insurgent contre le tourisme de masse qui défigure jusqu’aux magnifiques lieux bénéficiant de la protection apparente de l’UNESCO. Des interventions isolées osent dénoncer enfin ces transferts massifs de voyageurs auxquels on veut faire croire qu’un aperçu de dix minutes d’une momie de Pharaon dans la Vallée des Rois leur livre les secrets des rites funéraires qu’une spécialiste telle Christiane Desroches-Noblecourt a mis de longues années à décrypter.

L’impératif du voyage

C’est bien sur ce point précis de la prime à l’inculture et de l’obsession cynique du profit qu’il faut condamner l’hypocrisie de notre système.

On fait naître le goût du dépaysement et de l’exotisme à des prix abordables, au nom d’un élan démocratique, à savoir un bonheur partagé par le grand nombre. Or la vraie motivation est encore une fois d’ordre matériel : bâtir une industrie touristique qui rapporte beaucoup en piégeant des centaines de milliers de voyageurs qui vont assurer la rentabilité des opérateurs, des transporteurs et des hôteliers. Du côté d’une rencontre artistique ou culturelle, la moisson du voyage est bien mince, ne serait-ce qu’à défaut d’ouvrir les yeux, de comprendre, et d’amorcer un dialogue, on substitue à la curiosité ou à l’émotion légitime l’usage hystérique des appareils numériques ou des portables de la dernière génération.

Sans aller jusqu’à regretter le temps des diligences, on se demande vraiment ce qu’il reste de ce zapping dans la mémoire des gens tassés dans les autocars à impériale des grandes villes avec ces arrêts minutés devant chaque monument le plus souvent accompagnés d’un commentaire basique… Aucune émotion ne saurait naître dans de pareilles circonstances, et il ne reste comme solution alternative aux curieux que de se déplacer à pied une fois assimilé le contenu de quelques livres.

Le voyage individuel devient un luxe, le célibataire reste exclu des structures hôtelières, des campings, comme des gîtes ruraux tout simplement parce qu’il n’est pas rentable au niveau de ce que l’industrie touristique avide de profit appelle élégamment le coefficient de remplissage. La dictature du bonheur organise les moindres détails des vacances à condition que l’on respecte les programmes collectifs et que l’on s’interdise toute évasion hors du troupeau. Le succès de la formule prouve à quel point des millions de gens acceptent d’abandonner leur goût de l’aventure contre la promesse d’une prise en charge de tous leurs éventuels soucis.

Ces transhumances donnent à certains l’espoir de rencontrer une âme-sœur ou un partenaire sexuel, ce que prêchent les émissions de télé-réalité, et à défaut une vie par procuration confinée dans la condition d’un voyeur.

Des exceptions existent lorsque les grands rassemblements sont déclenchés par un élan spirituel, religieux ou politique qui donne à l’individu qui y participe le sentiment d’appartenir à une communauté ou d’œuvrer pour une cause.
Les déplacements du Pape à travers le monde, et notamment les Journées Mondiales de la Jeunesses catholiques attirent une foule considérable qui ne comprend pas de fanatiques, ni de bigots dans la mesure où l’Eglise amorce désormais un discours moins sévère et admet qu’on y organise des spectacles ou des concerts au goût du jour. En revanche, il est piquant d’observer un véritable divorce idéologique concernant les positions du Vatican sur l’évolution des mœurs et celles des jeunes générations, que l’appel à l’abstinence, le refus de la contraception, et la polémique sur la condition des homosexuels laissent le plus souvent de glace.

Dans ces domaines, le combat entre les catholiques conservateurs et les jeunes qui ont goûté aux libertés individuelles de la société de consommation est inégal. Ce qui ressort de bénéfique dans ces manifestations, c’est la conviction du vide qu’offre un ordre du monde uniquement orienté vers le profit.

Les religions ont chacune des réponses à apporter à leurs fidèles sur ce point.

Les protestants ont créé de leur côté le concept de commerce équitable, une expérience qu’ils appliquent notamment en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie dans le cadre d’un développement durable, loin du pillage des ressources naturelles et humaines de ces pays par les multinationales.

Le mouvement moralisateur a gagné les banques musulmanes qui refusent même la pratique des intérêts par respect pour les préceptes du Coran. Toutefois, un pèlerinage annuel comme celui de la Mecque donne lieu à des séries de manipulations financières orchestrées par des agences peu scrupuleuses, qui abusent de la crédulité des milliers de croyants modestes incapables de les dénoncer ou de les poursuivre.

Ce genre de mésaventures est également inévitable lorsque l’on évoque les voyages de groupe à Lourdes où le commerce des aigrefins assombrit l’élan de dévotion.

Force est de le constater : les religions majoritaires dans notre pays n’arrivent pas à endiguer le rouleau compresseur du commerce et des affaires qui s’exercent à leurs dépens, même si tous les représentants officiels des cultes essaient d’en atténuer les effets.

L’engouement pour le bouddhisme, la vénération dont jouit le Dalaï-Lama s’expliquent par la nostalgie d’idéal et de pureté qui sommeille chez tout individu qui refuse l’engrenage matérialiste qui nous menace aujourd’hui.

Tel n’est pas le cas de la scientologie, tolérée aux Etats-Unis, et à juste titre considérée comme une secte dangereuse en France, en raison de l’asservissement mental qu’elle pratique vis-à-vis des naïfs adeptes qu’elle recrute, dans le but de s’emparer de leurs biens. Cette diabolique machine à collecter de l’argent est dirigée de main de maître, ses méthodes de gestion, ses ateliers de lavage de cerveau, et son réseau de communication rivalisant avec les performances des grandes entreprises.

L’idéal Franc-Maçon

Face aux religions et aux sectes, la société laïque et républicaine oppose le progrès social et humain de la franc-maçonnerie. Historiquement, l’idéal franc-maçon est né d’un refus de l’inégalité sociale, de l’obscurantisme clérical, et du règne de l’argent. Sans entrer dans la description des différentes obédiences qui peuplent aujourd’hui la planète de moins en moins mystérieuse et secrète de la franc-maçonnerie, on constate qu’elle est devenue au fil du temps une association qui repose sur des réseaux d’influence considérable, mais que son efficacité triomphe beaucoup plus au niveau des conflits d’intérêts des individus que dans le combat collectif mené encore naguère avec succès dans les années 30. Le laboratoire d’idées nouvelles et de réformes contemporaines du Front Populaire élaborées dans les loges des francs-maçons ont nourri le discours des hommes politiques et la plate-forme des partis. Toutefois, la solidarité entre frères – souvent battue en brèche par d’âpres rivalités – s’est exercée de plus en plus au détriment de l’intérêt général, couvrant entre autres de véritables scandales financiers.

Ces querelles ont affaibli l’image de la franc-maçonnerie dans l’opinion, même si beaucoup de loges sont des lieux d’échanges enrichissants, qui abordent des questions philosophiques ou ésotériques de haut niveau, avec des thématiques souvent oubliées par la Société civile.

Il n’en reste pas moins que la gestion des temples, et les opérations dites « portes ouvertes » en direction des profanes représentent un budget important. Faute de subventions étatiques ou municipales la franc-maçonnerie ne saurait s’épanouir en ignorant l’argent.

Toutefois, le mode d’élection des grands vénérables et les combats sans pitié menés par les candidats pour accéder aux sommets de la hiérarchie, n’ont rien à envier à la violence des affrontements qui règne dans les milieux politiques. La rivalité qui existe entre les différentes obédiences apparaît souvent au grand jour, chacune étant persuadée de détenir la vérité. La diversité des rituels s’accompagne d’un certain mépris vis-à-vis de ceux qui ne font pas partie de la confrérie, et le terme péjoratif de « profane » l’emporte sur celui de non-initié. L’autre paradoxe de cette société qui se veut égalitaire tient à son machisme ; les loges où se réunissent les femmes restent l’exception et montrent bien à quel point le principe de la parité entre les sexes fait encore partie des généreuses proclamations avant de connaître dans la vie des obédiences une honnête application.

Enfin, la plupart des ordres connaissent aujourd’hui des problèmes de gestion, malgré les fameuses « capitations » qui correspondent à des contributions demandées à leurs membres.

En conséquence, le phénomène de l’entrisme s’est considérablement accéléré depuis les années 80 avec une arrivée-record de frères dont la motivation n’est pas toujours évidente.

Ce n’est guère un secret pour personne que de noter ce besoin de fonds propres pour couvrir les frais des « convents », terme consacré par les francs-maçons pour l’organisation de leurs assemblées générales et pour l’entretien des immeubles ou locaux qui abritent les ateliers. C’est le cas du Grand Orient qui privilégie le recrutement le plus large au nom d’un principe démocratique à la différence d’autres obédiences où l’initiation d’un nouveau membre requiert un certain plafond de ressources, ce qui implique forcément des catégories socio-professionnelles ayant des hauts revenus.

Il existe dès le départ une sélection qui déconcerte dans cet univers qui célèbre des valeurs spirituelles et républicaines, mais qui ouvre involontairement la porte à l’inégalité sociale par le biais de l’argent.

A l’intérieur d’un tel système vont surgir les « fraternelles » qui rassemblent souvent des initiés partageant les mêmes activités professionnelles dans la vie civile. Cela confine parfois à la constitution d’ateliers regroupant des chefs d’entreprises, des P.D.G. du Cac 40 ainsi que des patrons de l’audiovisuel, qui échangent en toute confiance et liberté au gré de leurs intérêts.

La différence c’est que dans ce climat où la solidarité entre maçons est un devoir d’importantes décisions soient prises dans le secret.

La méfiance du néophyte s’explique dans la mesure où ces réseaux comprennent tout à la fois de grands patrons, des juges, des avocats ou des hauts fonctionnaires, dialogues ou échanges de services conduisant parfois à des coups de théâtre inattendus du côté de la vie économique, politique et sociale de notre pays. Cela concerne aussi bien des mutations de préfets, d’ambassadeurs, ou de directeurs d’institutions culturelles de renom du secteur public ou privé. Ces manipulations avaient pour don d’exaspérer François Mitterrand qui avait fini par les dénoncer publiquement lorsqu’elles faisaient obstacle à ses projets présidentiels.

C’est ainsi que l’opinion publique est souvent déconcertée par des nominations qui échappent à la logique cartésienne d’un citoyen bien informé. Si l’on a eu raison de rejeter le concept de la préférence nationale revendiquée par Jean-Marie Le Pen, on a du mal à expliquer au grand public la préférence maçonnique.

A capacité égale, la franc-maçonnerie imposera les siens du seul fait de leur appartenance, ce qui explique à quel point l’influence de ce pouvoir parallèle devient redoutable pour ceux qui n’en font pas partie.

Pour corriger ce côté contestable d’un excès de solidarité qui dessert leur image, les francs-maçons ont depuis quelques années bousculé la règle du silence en ouvrant leurs temples aux équipes de télévision, et en nommant des chargés de la communication autorisés à donner des interviews dans un souci pédagogique accompagné d’une subtile parole promotionnelle. Les femmes, par exemple, ne comprennent toujours pas que le Grand Orient les tient à distance, et reste essentiellement masculin.

Le voile est en partie levé sur cette organisation au nom de l’efficacité et d’un besoin de tout savoir propre à notre époque.

La presse écrite consacre à son tour des couvertures au décryptage de la franc-maçonnerie, jouant sur la curiosité qu’engendre encore l’histoire de cette société parallèle à la nôtre, entourée de mystères, mais qui promet à ces initiés un soutien actif dans la réalisation de leurs objectifs favorisant leur ascension socio-professionnelle.

Enfin, la tyrannie du bonheur n’épargne pas les francs-maçons en leur inculquant la conviction que l’individu n’existe qu’à travers son appartenance au groupe. En conséquence, chaque initié y trouve refuge, se sent protégé à l’intérieur des structures, et tente de gravir les échelons d’une hiérarchie qui incarne dans ses sommets un véritable pouvoir capable d’intervenir sur l’évolution de la société civile et la carrière de chacun. Le principe de solidarité entre frères n’exclut pas les travers de la nature humaine et les sirènes de la société marchande.Le contexte actuel s’éloigne du rêve maçon qui prétendait changer en profondeur la nature humaine, à partir d’une métamorphose de la vie intérieure et du comportement.

Face à un environnement cynique, les frères résistent. Le soupçon ou le désenchantement qu’ils subissent correspond par ailleurs au déclin de toutes les autres idéologies et des utopies motrices. De ce fait, ils n’ont plus les velléités de fronde et les élans de révolte de jadis contre le système, ce qui anesthésie leur force de proposition.

Le Phénomène Besancenot

Toutefois, un nouveau et vigoureux mouvement d’idées contre la tyrannie du bonheur est en train de surgir avec le parti anti-capitaliste d’Olivier Besancenot.

La sincérité de son discours séduit, sa vision d’une société plus juste fédère au-delà de l’extrême-gauche traditionnelle, et son ambition n’est pas de créer un parti de gouvernement mais de changer les mentalités en instillant à ses militants les ferments de révolte nécessaire contre un système honni.

La question est de savoir ce qu’il propose – au-delà des luttes sociales – pour faire face aux ravages de la globalisation.

Qu’est-ce qu’il envisage à la place de l’économie de marché après le cuisant échec de l’expérience communiste de l’ex-Union soviétique et de ses satellites ?

Le fait qu’un pays comme la Chine est en train de devenir l’une des très grandes puissances grâce au système capitaliste qu’elle tourne à son profit, démontre qu’il n’existe aucune solution alternative à ce jour. Au pays de Mao, on compte d’après les statistiques de plus en plus de millionnaires face à une masse énorme de prolétaires qui ne bénéficient guère des fruits de la croissance, et qui sont de surcroît privés de toutes les libertés. Ils se trouvent par ailleurs à des années-lumière de notre conception occidentale de la démocratie, mais le régime les persuade qu’à tous les niveaux de la société seul l’argent-roi est en mesure de changer leur condition. Les voix des dissidents – minoritaires et réprimées – s’expriment dans les milieux artistiques et culturels, et n’ont guère de portée, la censure étouffant jusqu’aux tentatives des meilleurs hackers naviguant sur la Toile. En conséquence, la tyrannie du bonheur accompagnée de l’orgueil national d’un nouvel empire en pleine ascension garantit l’avenir du capitalisme qui conquiert en Chine un marché de dizaines de millions de consommateurs qui grossit tous les jours.

Grâce aux investissements énormes de la Chine en Europe, en Afrique, et aux Etats-Unis, ce flot d’argent crée de nouveaux emplois dans notre pays, et compense peu à peu les délocalisations qui représentent une analyse incomplète de la situation. Autrement dit, ce n’est pas la Chine qui fera chanceler les fondations d’un système qui comble à ce point ses objectifs. Si le cas de l’Inde ou du Brésil sont profondément différents vu leurs structures économiques, sociales ou culturelles, ces pays rejoignent également cette tyrannie du bonheur et ce système capitaliste qui améliore les conditions de vie de leurs peuples.

Face à ce phénomène, la contestation canalisée par Olivier Besancenot risque de rester une bouffée de romantisme militant circonscrite aux frontières de notre pays, certes capable de gêner par des manifestations ou des actions sur le terrain la marche tranquille du système, mais faute d’une solution alternative crédible on ne peut en attendre de réels résultats…

Cap vers l’est et la Méditerranée

Pour compléter ce tableau plutôt sombre d’une tyrannie du bonheur qui s’étend un peu partout sur notre planète, il faut revenir sur la situation des pays de l’Est sortis de l’orbite soviétique, et dont la totalité bénéficie d’une réelle indépendance depuis la chute du Rideau de fer. Qu’il s’agisse des premiers états qui ont rejoint l’Union européenne, à savoir la Slovénie, la Tchéquie suivie de la Slovaquie, ou encore les trois pays baltes – Estonie, Lettonie et Lituanie – le même choix de société s’est exprimé d’une accession des nations à la liberté et à un mieux être. Conséquence : une course à la modernisation des structures économiques, un immense appétit de consommation, et comme partout une « prime » au développement.

Pour ces pays, il faut distinguer ceux qui ont vraiment vécu avant la dernière guerre sous un régime démocratique comme c’était le cas pour l’ex-Tchéchoslovaquie et son dirigeant Benes avant l’invasion décrétée par Hitler.

La Pologne déportée vers l’Ouest après les accords de Yalta et de Potsdam a réussi grâce à la résistance de l’Eglise catholique et à la pression de sa massive diaspora et ses liens avec les Etats-Unis à survivre au rouleau compresseur de l’Allemagne nazie, et ensuite à l’emprise communiste.

Moins fascinée par le phénomène de l’hyper-consommation, une grande partie de sa population revendique les valeurs chrétiennes qu’elle souhaitait même intégrer à la constitution européenne.

Fière de sa culture et de sa tradition, elle refuse que celles-ci soient diluées par l’émergence d’une religion du profit.

En revanche, l’adhésion des pays comme la Roumanie et la Bulgarie a provoqué comme dans la nouvelle Russie la naissance d’une classe d’hommes d’affaires et d’oligarques qui sont passés sans transition des postes qu’ils occupaient à la tête des grandes entreprises soviétiques appartenant à l’Etat au secteur privé en s’arrogeant leur propriété en leurs noms propres.

La réussite de ces nouveaux riches qui connaissent les paradis fiscaux révolte ou fait rêver les classes moyennes ou modestes.

Toutefois, les jeunes générations connaissent dans le même temps un fort retour du religieux qui représente un contrepoint à la vision matérialiste de la vie. En Russie, le message de Soljenitsyne mobilise des millions de jeunes Orthodoxes qui ne partagent guère l’envie de « l’american way of life » adopté par les Européens de l’Ouest.

Engagés dans un combat pour la renaissance de la nation russe, ils se battent pour le maintien des traditions de jadis, et refusent les mécanismes de la globalisation.

Ce rejet de la tyrannie du bonheur dans sa version occidentale on le retrouve également dans les anciens pays satellites de l’U.R.S.S. ancrés dans la foi orthodoxe, à savoir en Roumanie et en Bulgarie, nouveaux adhérents à l’Union européenne.

Si notre regard se porte vers le Sud, la tyrannie du bonheur cherche à s’installer dans les pays riverains de la Méditerranée.

Le projet d’une union politique semblable à celle de l’Europe apparaît comme une barrière face aux progrès du fondamentalisme et aux menaces terroristes. Autrement dit, on espère que l’économie de marché et le libéralisme vont apporter un mieux-être pour de larges couches de la population. Une telle évolution arrêterait les flux migratoires ainsi que cette colonisation à l’envers, subie par les pays du vieux continent.

Ce beau dessein ne fait guère l’unanimité, ne serait-ce qu’en examinant la réalité politique, économique et sociale du continent africain. A des degrés divers, les droits de l’homme sont assez malmenés en Tunisie, en Algérie, et même au Maroc.

La brèche ouverte par un certain libéralisme, et l’arrivée des investisseurs étrangers ne profite qu’à une minorité de privilégiés, et désespère une jeunesse à la recherche d’un revenu minimum vital. Les rivalités politiques entre états voisins, les querelles pour un leadership du monde arabe, l’opposition violente de la Lybie à ce projet ainsi que le conflit israélo-palestinien représentent autant d’obstacles incontournables dans la réalisation d’une Union pour la Méditerranée.

Une tout autre vision du monde, de la société et de l’individu inspirée par l’Islam s’oppose à l’offensive de l’hyperconsommation dans les pays qui bordent la Méditerranée, et la tyrannie du bonheur à l’occidentale n’a réellement prise que pour les candidats à l’exil fascinés par ce qu’ils croient être l’Eldorado européen.

Naguère encore lors de la proclamation de son indépendance en 1948, Israël représentait une exception culturelle intéressante. Les premières vagues d’émigrants juifs en Palestine venaient de Pologne, de Russie, et autres terres de persécutions raciales et de pogromes.

Appartenant le plus souvent à un prolétariat urbain ou à des fervents militants intellectuels du mouvement sioniste, ces émigrés rêvaient d’une société plus juste, loin de l’obsession du profit, et de l’arrivisme individuel. Prêchant un
retour à la terre, ils ont créé les « kibboutzim », et les « moshavim » ces fameuses fermes collectives ou entités artisanales vivant en autarcie, ou pratiquant l’économie du troc. Au fil des décennies, la physionomie du pays a changé, et l’idéalisme des pères fondateurs a disparu devant la tentation du bonheur formaté à l’occidentale.

Derrière le rêve d’une oasis de progrès et de prospérité, Israël vit au jour le jour l’hostilité grandissante d’un monde arabe qui ne lui pardonne pas le sort réservé aux Palestiniens, maintenus dans une misère économique qui nourrit le terrorisme, et compromet son image au Proche-Orient, dans les pays du Golfe et dans le monde. A l’intérieur même de ce petit pays, un véritable clivage oppose les partisans de la laïcité et les Juifs orthodoxes, les uns comme les autres étant indésirables pour leurs voisins dans le cadre d’une future Union pour la Méditerranée…

Enfin, ce qu’il faut retenir du 60ème anniversaire de la création de l’état d’Israël, c’est l’échec de l’idéal sioniste des débuts, à savoir l’avènement d’un modèle socialiste, humaniste et culturel différent, loin de la religion du profit. Or les faits sont têtus, comme le montre l’évolution de ce pays fasciné par la modernité occidentale et l’ambition d’exister en bonne place à l’époque de la mondialisation. La tyrannie du bonheur domine le système israélien, à l’exception d’une minorité religieuse assez forte pour imposer à la société laïque des contraintes d’un autre âge dans la vie quotidienne.

Aujourd’hui seul le problème palestinien évite paradoxalement à ce pays une guerre civile larvée en maintenant une unité nationale de surface. Malgré cela, Israël devient une terre promise pour les Africains qui défient les contrôles frontaliers à la recherche d’une vie meilleure : ces nouveaux immigrants venus du Soudan ou de l’Erythrée fournissent une main d’œuvre sollicitée par les grands travaux et la poursuite d’une politique de colonisation dans les territoires occupés où ils viennent rejoindre un sous-prolétariat en provenance des Philippines ou de l’Asie centrale.

Ce nouveau « melting pot » modifie la composition de la population et le caractère juif de l’état un peu à la manière dont l’afflux des Latinos se manifeste au Sud des Etats-Unis depuis le Mexique.

Dans ces conditions, la société israélienne est plus que jamais axée sur la loi du profit, et en totale rupture avec l’ambition formulée il y a 60 ans. Autrement dit, le sionisme historique disparaît au même titre que les autres idéologies, laissant la place à l’engrenage capitaliste et à ses séismes actuels sans solution alternative à l’horizon.

De l’altermondialisme à l’écologie

Qu’en est-il dans ce cas du mouvement altermondialiste qui mobilise des foules importantes de manifestants lors des réunions au sommet du G8, du G.A.T.T., du Fonds Monétaire International, ou du cercle des plus grands banquiers de la planète à Davos ? Les échanges entre chefs d’état, ministres ou patrons des multinationales se déroulent sous haute protection policière, et donnent lieu à des incidents qui prennent le caractère d’émeutes.

Les altermondialistes regroupent des protestations hétéroclites où l’on retrouve tout à la fois des tribuns politiques, des dirigeants syndicaux, des agitateurs d’idées ultra-radicaux, des mouvements de jeunes contestataires des pays nantis ou en voie de développement, tous opposés aux méfaits du capitalisme sauvage, et à la dérive meurtrière des marchés financiers.

Pour violente que soit cette opposition populaire, sa force de proposition laisse à désirer dans la mesure où elle ne propose pas de solution de rechange crédible sinon une vision généreuse d’un monde meilleur qui ne s’accompagne pas du projet concret permettant d’y parvenir.

En conséquence, les altermondialistes donnent le sentiment d’attendre que le système actuel s’effondre, que la tyrannie du bonheur vire au cauchemar, et que sur ses ruines on pense à bâtir autre chose…

Paradoxalement, les signes annonciateurs de changement sont d’ores et déjà perceptibles depuis le krack financier, la crise de l’automobile, et l’appauvrissement des classes moyennes.

Ce phénomène ébranle le système capitaliste, et met en échec la tyrannie du bonheur : des millions de consommateurs Outre-Atlantique deviennent insensibles aux sirènes de la publicité, sombrent dans la précarité et ressentent – sous la pression des faits – le besoin de vivre autrement. Cette récession épargne pour le moment une frange de privilégiés, mais leurs appétits ne suffisent guère à relancer un marché intérieur déserté par de larges couches de la population.

La fièvre écologique bat son plein, et ses militants nous proposent tout à la fois de sauver la planète et ses habitants, en réduisant les sources d’énergie polluantes, et les gaspillages dûs à l’hyperconsommation de naguère. Ce changement de cap s’effectue à l’Ouest de l’Europe, dont les dirigeants ne croient plus à une croissance sur le modèle ancien, mais parient sur une réforme en profondeur du système.

Dans le même temps un retour aux valeurs morales, et un besoin d’idéal accompagnent ce mouvement et font renaître l’espoir.

Toutefois, cette évolution ne signe pas l’arrêt de mort du capitalisme qui tente d’en tirer profit dès le départ. Exemple : si les produits de l’agriculture biologique sont à la mode, qu’à cela ne tienne, les investisseurs sont prêts à y placer leur argent. Il s’agit aussitôt d’exploiter la préférence verte du consommateur, à mettre en vitrine des fruits ou des légumes à peine présentables, et à jouer sur la nostalgie des confitures préparées par une mythique grand-mère. Derrière cet habillage mis en scène avec soin, une industrie à prétention écologique se profile à l’horizon, qui crée ses propres centrales d’achats et réseaux de distribution. Dans le même temps, l’économie verte se targue de créer des emplois, et de participer du même coup à la sauvegarde de la santé du consommateur et de sa longévité.

On observera toutefois que le mythe des poules élevées au grain et en plein air devient crédible grâce aux prix affichés, sans que le vendeur soit obligé de nous fournir une vidéo sur l’enfance du volatile ou sur la ferme où il est né ?

Les militants verts installent malgré eux une véritable fracture alimentaire entre les classes aisées et le reste de la population qui tout en prenant conscience qu’on l’empoisonne reste prisonnière de produits dont les scientifiques dénoncent chaque jour les dangers.

On en arrive à la quadrature du cercle : si la préférence verte est plus facile à vivre en milieu rural et au niveau des familles vivant dans des villages ce qui leur permet d’accéder directement aux produits de la ferme, les habitants des métropoles ne vont finalement bénéficier que de l’agro-alimentaire bio à grande échelle, s’ils peuvent en assumer le prix. L’essentiel tient maintenant à la vigilance de l’opinion publique, et à la pression qu’elle exerce sur l’ancien système : c’est bien sur ce point précis que surgit l’actuel facteur de progrès pour une société occidentale soucieuse de protéger son capital-santé et sa longévité.

Ces préoccupations propres à une population nantie n’ont pas cours dans la plupart des pays en voie de développement, où la première urgence est de combattre la faim par le biais d’une croissance accélérée afin d’encourager la consommation.

Produire et de ce fait travailler toujours plus reste le premier objectif à atteindre pour la Chine, l’Inde ou le Brésil qui ne peuvent adhérer au rêve écolo et au changement de mentalité que nous prêchons.

Un exemple frappant nous a été donné au moment des Jeux Olympiques de Pékin, où les autorités ont arrêté provisoirement les usines polluantes et la circulation en ville pour garantir aux sportifs une qualité de l’air requise par la dureté des épreuves. Pendant ce temps, l’exploitation des mines de charbon, et les travaux de déplacement des lits des fleuves n’ont jamais cessé dans le pays.

Les réunions internationales ont beau s’attaquer à ces problèmes de fond et proposer des résolutions, il n’empêche que les faits sont têtus et que les résultats se font attendre.

Dans tous les cas de figure, c’est la réalité économique qui commande : si la vieille Europe se targue d’une autre philosophie de la vie, c’est bien parce que la récession la menace, et qu’elle doit se résigner.

Son sursaut moral n’aurait peut-être pas eu lieu à l’époque des « trente glorieuses », de même que les autorités fédérales américaines n’auraient jamais opéré leur grand virage idéologique et financier face au libéralisme et à la loi des marchés.

Le retour du religieux

Dans notre société laïque et républicaine, le retour du religieux est sciemment encouragé par un président qui pressent depuis longtemps que nous entrons dans une période de vaches maigres, et qu’un brin de spiritualité pourrait détourner les citoyens de l’obsession de l’argent-roi.

Qu’il s’agisse d’un acte de foi ou d’un calcul électoral ne change rien à cette évolution commune aux hommes politiques de tous les bords.

De surcroît, ce courant se manifeste avec force aux Etats-Unis et en Russie gagnant également les draineurs d’opinion.

Le retour aux valeurs chrétiennes amorce dans le même temps une thérapie du renoncement qui anesthésie les velléités de fronde.

Au niveau des mœurs, le retour du religieux favorise également une série d’interdits d’un autre âge : la remise en cause de l’avortement, le contrôle de la recherche médicale pointue au nom de principes éthiques, le refus absolu de l’euthanasie ou du droit de mourir dans la dignité, l’impossibilité de se remarier ou de communier pour ceux qui ont osé divorcer, même dans l’hypothèse d’un consentement mutuel pour ne citer que les preuves les plus flagrantes d’une véritable régression.

La compassion et la charité viennent remplacer la solidarité sociale républicaine, et les grandes entreprises prennent peu à peu la place des dames d’œuvres des anciens régimes, et se substituent aux devoirs de l’Etat. Ce processus sournois s’insinue dans notre vie quotidienne au moment même où l’hyper-consommation bat sérieusement de l’aile, et où il est urgent de cacher les crises successives du système. Les nourritures terrestres devenant plus rares, la tyrannie du bonheur se pare des habits de lumière de la métaphysique…

Le conformisme Gay

Le moment est peut-être venu de s’interroger sur la tyrannie du bonheur et ses effets dévastateurs dans la communauté des gays, lesbiennes et transexuels désormais réunis dans un front commun dont toutes les revendications sont calquées sur le modèle des gens dits normaux.

Naguère soumis aux discriminations et au mépris des bourgeois et des milieux ouvriers, les homosexuels étaient obligés d’être – dans leur vie professionnelle et sociale – plus performants que les autres. Ils ont suivi en quelque sorte l’itinéraire des Juifs face à l’antisémitisme, avec l’obligation d’être plus créatifs, de s’illustrer par leur capacité d’entreprendre, et de compter au cœur de leur condition de minoritaires des personnalités de premier plan. Or cette contrainte jadis stimulante a disparu, avec l’émergence d’une communauté réclamant les mêmes droits et le même mode de vie que la majorité hétérosexuelle : cette volonté de rejoindre le conformisme et la banalité marque la fin d’une exception sociale et culturelle. Autrement dit pour paraphraser Corneille nous voilà devant un combat qui finit faute de combattants.

Lorsque les conquêtes à venir de ce mouvement se limitent à des objectifs exclusivement matérialistes, son originalité disparaît au profit de cette tyrannie du bonheur qui balaie toutes les différences sur son passage.

Cette évolution confine au silence les rares personnages hors normes qui la refusent désormais.

Le cinéma et les séries télévisées sont les dernières à se servir de l’étiquette des gays pour donner un certain piquant à la mise en scène des histoires abordées. Toutefois, ce procédé à force d’être utilisé à outrance ne captive plus l’audience, et tourne à la banalité du cliché.

Il révèle par ailleurs ce côté obsessionnel et revendicatif d’une communauté d’individus qui souhaitent polariser l’attention en se prévalant d’une singularité qui n’existe plus.

En France, il leur reste un espace de contestation face à un gouvernement et à une opinion publique qui n’accepte pas encore l’image du mariage et de l’adoption voulue par les couples gays, ce qu’a prouvé la célébration de Bègles mise en scène par Noël Mamère.

Toutefois, le jeu des dirigeants politiques n’est pas innocent : depuis que les statistiques démontrent grâce au « outing » que les gays, lesbiennes et trans représentent des troupes électorales importantes à gagner, on observe avec un sourire le ralliement à cette cause du P.C.F., de la C.G.T., et du P.S. dans toutes les marches de la fierté.

Le débat retrouve sa vivacité sur le terrain de l’évolution des mentalités et des mœurs une fois encore grâce à cette tyrannie du bonheur dont le résultat final se traduit par le triomphe de la banalité.

Priorité à la vie privée

Si l’on regarde ce qui se passe aujourd’hui aux Pays-Bas ou en Espagne, on en conclut que tous ces problèmes sont résolus, toutes les minorités ayant gagné – de par leur intégration dans la banalité – un droit à l’indifférence.

Dans toutes nos démocraties occidentales, la tyrannie du bonheur affecte également la vie des entreprises, agit sur les cadres ainsi que sur les agents les plus modestes. En France, par exemple, la loi des 35 heures a changé les mentalités, exaltant l’appétit d’évasion et de loisirs réservés à chaque individu hors de son lieu de travail.

Au départ, cette religion du temps libre avait comme objectif premier de réduire le chômage, et de partager le travail comme on découpe un gâteau. L’idée était de remettre les chômeurs en position d’occuper des emplois laissés partiellement vacants par les statutaires bénéficiant d’horaires plus légers.

Ce calcul s’est révélé faux dans la mesure où les entreprises ont accéléré les cadences et augmenté la productivité des cadres et des employés sans faire appel pour autant à de nouveaux salariés. Les multiples tentatives pour revenir en arrière ont échoué provoquant même un déclin du sentiment d’appartenance et de dévouement aux entreprises, les salariés faisant passer leurs nouveaux droits aux loisirs avant les objectifs des dirigeants obsédés par le profit.

Cette évolution s’explique par le fait que dans les groupes importants ce ne sont plus les patrons paternalistes qui commandent, mais des monstres froids et cupides que l’on appelle les actionnaires. En l’absence de la solidarité de naguère des salariés attachés à leur maison, la jouissance d’ordre privé l’emporte désormais sur les intérêts des entreprises. Toutefois, le modèle ancien survit au cœur des petites sociétés familiales qui échappent aux fusions, et dont le chiffre d’affaires leur permet d’éviter les licenciements ou les délocalisations.

Dans la plupart des cas de figure, la vie privée de chacun devient une priorité, face au désamour de la valeur travail.

Ce comportement est encouragé par les campagnes de publicité des médias, qui vendent les voyages, le confort, et le rêve à des prix accessibles et alléchants.

En conséquence, le compte d’épargne des jours de congé, à savoir le bon usage des R.T.T. passe devant l’envie d’économiser de l’argent par le biais des primes d’excellence ou des heures supplémentaires.

Ce comportement se généralise dans toutes les classes de notre société et l’épanouissement dans le travail ne bénéficie plus de l’aura qui l’entourait autrefois. Les adultes mettant au premier plan le culte de leur petite famille transmettent, bien entendu, cette nouvelle mentalité à leurs enfants. Le désir des parents d’être aimés, leur façon de considérer leurs gosses comme des petits génies en herbe dont ils veulent gagner la complicité abolissent toute distance entre les générations, ce qui empêche du coup la transmission de l’expérience de la vie et du savoir.

Le Culte de la compétition

Au Japon, la tyrannie du bonheur inculque dès leur premier âge aux enfants le culte de la compétition. A sept ans, garçons et petites filles choisissent déjà leur orientation et n’ont pas besoin qu’on les incite à travailler mieux que leurs camarades.

Ils savent qu’ils ne peuvent gravir l’échelle socio-professionnelle qu’au prix de grands efforts, ce qui leur donne une maturité précoce. De surcroît, la gérontocratie japonaise s’accroche au pouvoir, aussi bien dans les milieux politiques qu’au sein des entreprises. Dans ce climat si différent du nôtre, les jeunes générations ne bénéficient guère d’un préjugé favorable, l’âge tendre étant par définition suspect.

En revanche, le fait de pouvoir justifier d’une formation excellente garantit l’entrée sur le marché du travail, et l’accès à l’hyper-consommation. Ceux qui restent sur le bord de la route sombrent dans l’anonymat et la précarité, sans donner à leur vie d’autres perspectives que matérialistes. Le manque d’argent est conçu comme un échec personnel, alors qu’un niveau de vie aisé signe la qualité d’un individu.

En France, la compétition a depuis Mai 68 mauvaise presse : aucun gouvernement n’a réussi à introduire dans les universités les concours d’entrée, ni la moindre forme de sélection. Ce système aboutit à retarder au sein de la jeune population des campus la prise de conscience du gaspillage de temps que cela représente au moment où surgit l’urgence de trouver un emploi qui corresponde aux besoins réels de l’économie.

Il s’agit là d’un travers spécifiquement français qui remonte d’ailleurs à la structure de l’Education nationale, et à l’école égalitaire de la République. Curieusement, l’égalité des chances est battue en brèche par les fameuses grandes écoles comme l’ENA, Polytechnique, les Ponts et Chaussées ou les Mines qui forment les élites de demain, et garantissent à ceux qui les fréquentent de bonnes places dans les allées du pouvoir ou encore au sein d’importants groupes du secteur privé. Pour faire évoluer ce système qui contient sa dose de paradoxes heurtant le politiquement correct, on a imaginé des couloirs d’entrée réservés aux jeunes issus des milieux défavorisés ou de l’immigration. A peine amorcée, cette mutation ne saura produire ses effets du jour au lendemain.

Moins adaptée à nos mentalités et à nos mœurs que la discrimination positive à l’américaine, elle a pour but de favoriser l’intégration et d’éviter le repli communautaire que déclenche un accès inégal à l’emploi, au logement, et à notre société de consommation.

La plupart des sociologues et des politiques s’accordent sur ce point : pour que la deuxième et troisième génération des jeunes d’origine maghrébine n’aient pas le sentiment d’être des citoyens de seconde zone alors qu’ils sont nés sur notre sol, il faut non seulement proclamer l’égalité des chances, mais encore appliquer ce principe dans nos écoles, nos universités, et nos entreprises. A défaut, ces dizaines de milliers de jeunes sans emploi, ni aucun encadrement pédagogique, culturel et social et livrés à eux-mêmes dans les cités vont fatalement basculer dans l’islamisme ou encore dans le commerce de la drogue.

Si la volonté politique de les sortir du marasme est sincère, il est évident que c’est l’accès à l’ascenseur social qui reste la meilleure voie. Ce qui revient à leur faire une juste place à l’intérieur du système, pour faire partie intégrante de la société de consommation. En effet, ce n’est pas le fait de décerner en grande pompe des trophées de la réussite à l’Assemblée Nationale ou à la Sorbonne qui change le cours des choses : le phénomène reste minoritaire, même s’il représente une excellente arme de communication.

En conséquence, la tyrannie du bonheur deviendra pour cette partie de notre population un modèle rêvé, comme l’a été jadis l’american way of life pour les Noirs qui ont fait triompher leurs droits civiques, laissant à chaque individu l’espoir d’atteindre son but.

Une fois encore ce sont des facteurs économiques qui déterminent la cohésion nationale et déclenchent des fractures sociales génératrices de conflits. L’antidote est facilement trouvé, en appliquant sans tarder les recettes de la tyrannie du bonheur…

Un pays-musée

A défaut d’être reconnue comme le pays le plus compétitif à l’heure de la mondialisation, la France choisit l’arme des industries culturelles, le prestige de son patrimoine, et l’imaginaire de ses artistes pour offrir au reste de la planète un modèle d’exception.

Cette vision d’un « mieux vivre » expérimenté par la municipalité parisienne à coup de manifestations spectaculaires attire des millions de touristes, et mobilise en Ile de France un grand nombre d’entreprises performantes, créatrices d’un nouveau type d’emplois. A partir de cet exemple, d’autres régions et grandes métropoles s’orientent vers cette politique avec la conviction d’agir en faveur de la démocratisation de la culture enfin accessible à toutes les catégories sociales.

Toutefois, une grande partie de la population s’interroge sur ce choix, comme on l’a observé lors des dernières élections municipales, où les électeurs n’ont pas toujours compris que les investissements alimentent des projets de construction de musées, de méga-salles de spectacles et d’aménagement de friches industrielles laissées à l’abandon, alors qu’il manque des crèches, des logements sociaux, ou encore des services de santé à proximité. Cette contestation a surgi aussi bien à gauche qu’à droite, et donné beaucoup de fil à retordre aux partisans d’une tyrannie du bonheur qui néglige les urgences de la vie quotidienne des citoyens. Dans leur condition de contribuables, les électeurs ont manifesté leur désir d’être consultés sur l’ordre des priorités, et tenu compte de cette exigence dans leurs votes.

Des sociologues émérites se demandent de leur côté si la France tout entière ne risque pas de devenir un pays-musée, où l’art et la culture largement subventionnées fabriquent des créateurs sur mesure vivant dans le confort, dès lors qu’ils échappent à la fois à tout jugement critique, à l’épreuve de l’opinion publique, et à l’aventure du marché.

Dans ce contexte, la notion d’artiste maudit n’existe plus, la moindre once d’originalité ou de talent étant aussitôt récupérée soit par le marketing pour être aussitôt transformée en produit, soit par les réseaux ou lieux culturels officiels en quête d’artistes à mettre en vitrine. Sur ce point, la Toile offre un espace idéal pour se faire connaître, être repéré par de véritables chasseurs de tête, et se vendre au plus offrant.

A partir de là, la notoriété se fabrique à travers le système bien rôdé de la communication : création d’événements spectaculaires, lancement de campagnes médiatiques, et collaboration complice des « people ».

Il en va souvent de même pour les écrivains propulsés en fonction de ce qu’on croit être une attente du public et une promesse pour le marché. Ce n’est guère nouveau si l’on se souvient de l’épisode de « Love Story » d’Eric Segall dont la légende affirme que le contenu a été préalablement soumis à une étude avant-gardiste capable d’anticiper sur les probabilités d’en faire un « best seller ».

Est-ce à dire que notre système axé sur le profit laisserait échapper l’équivalent d’un Stendhal – qui n’a pas connu la gloire de son vivant – faute de discernement ou d’amour de la vraie littérature ? C’est une hypothèse d’autant plus vraisemblable que le pouvoir de décider s’éparpille avec la mise en place d’une série de comités de lecture qui fonctionnent parfois comme les douanes.

Tout autre est la galaxie de l’art contemporain, un vocable à la mode, dont personne à ce jour n’aura donné une définition satisfaisante, tant les critères sont flous, subjectifs et souvent soumis aux caprices des collectionneurs ou aux mouvements du marché.

Dominé par les mouvements spéculatifs générés par les marchands, l’art contemporain se présente comme la dernière bulle qui attire les investisseurs du secteur privé, qu’il s’agisse d’amateurs éclairés ou encore d’entreprises qui convoitent la possession d’un chef-d’œuvre, véritable valeur ajoutée de leur image.

Face à ce phénomène, l’ouverture d’un nouveau lieu dans les anciens espaces de pompes funèbres à Aubervillers représente un contrepoint à l’obsession du profit. On compare d’ores et déjà le 104 à une super-Villa Médicis, avec ses résidences d’artistes du monde entier, ses ateliers, ses expériences innovantes et son côté interdisciplinaire. Créé à l’initiative de la municipalité parisienne qui soutient financièrement l’expérience, l’objectif du 104 est de déclencher un engouement populaire, et une participation effective des habitants d’un quartier situé encore naguère dans un désert culturel.

Reste à savoir quelle sera la loyauté des artistes, et la résistance qu’ils seront capables d’opposer aux tentations des marchands venus faire leur choix dans cette vitrine, détournant ainsi la vocation désintéressée de ce lieu. Par ailleurs, vouloir y attirer le jeune public en y organisant des concerts de rock ou de rap avec des têtes d’affiche dans le but de s’assurer des retombées médiatiques nous ramène une fois encore dans la tyrannie de la communication. Si l’objectif du 104 n’est pas d’être un monastère, à trop risquer d’y introduire le traitement réservé à l’événementiel pourrait menacer ce qu’il y a de pur et d’exaltant dans ce projet.

Ces nouvelles structures sont généralement dotées d’un restaurant. Curieusement, les concepteurs ont peu pensé à offrir à la gastronomie un banc d’essai pour ces jeunes chefs français sollicités à l’étranger, mais qui commencent dans le même temps à prendre progressivement dans notre pays la place des seniors. La gastronomie reconnue officiellement sous le ministère de Jack Lang comme l’un des beaux-arts et une richesse patrimoniale, revient sur scène avec les déclarations récentes de Nicolas Sarkozy qui s’est adressé dans le même sens à l’Unesco. Bien entendu, la valorisation culturelle de cet art n’est pas tout à fait innocente, vu les répercussions économiques qui l’accompagnent. Dans notre futur pays-musée, les bonnes tables sont autant recherchées par les touristes que les vieilles fermes ou manoirs signalés dans nos guides.

Ce retour de flamme de la gastronomie s’accompagne, par ailleurs, d’une nostalgie active que l’on exprime pour les recettes de nos grand-mères, qui leur ont été transmises pas les générations qui les ont précédées.

L’offensive contre les ravages de l’alimentation à base de produits fabriqués par la grande industrie accentue ce désir de retrouver le bonheur du terroir, celui du potager derrière la ferme familiale, sans oublier ces chaudrons et marmites à l’ancienne où crépitent les fruits à peine cueillis, promesses des savoureuses confitures.

Les femmes en otage

Cette ambiance il y a quarante ans aurait fait sourire, c’était l’époque des « trente glorieuses » où émergeait justement la mode des énormes steacks ou cheeseburgers à l’américaine suivis de milk-shakes, une tendance inspirée des westerns ou des polars, gages de virilité. La mythologie hollywoodienne, les écrans de publicité ont donné un coup de fouet à l’hyper-consommation et installé au delà du continent américain cette tyrannie du bonheur d’abord en Europe, et ensuite sur toute la planète.

Les feuilletons américains dès la fin des années 70 ont dispensé ces images ainsi que celles des archétypes humains assoiffés d’arrivisme et convaincus que le moteur du pouvoir, c’est l’argent. Les héros de cette période exerçaient sur les femmes une véritable séduction, alors que s’amorçait déjà la riposte du mouvement des « women’s lib » contre l’emprise du machisme et l’image de la femme-objet. Toutefois, après le choc de l’esprit de Mai 68 aux Etats-Unis, en France et en Italie, le mouvement de balancier s’est déplacé et la stratégie de l’hyper-consommation a gagné à nouveau le monde des femmes.

Cela se traduit encore de nos jours par le boom de l’industrie cosmétique, ses recettes de crèmes-miracle, ses sérums à prix d’or, et la myriade de maquillages en vente libre dans les méga-surfaces. Le soin accordé au paraître devient primordial, et malgré la crise actuelle, ce poste budgétaire reste à coup sûr le dernier que l’on pense restreindre. Depuis quelques années, la stratégie du système triomphe également auprès des hommes en ouvrant de nouveaux marchés aux fabricants qui – avec le concours des psychologues – viennent les rassurer sur leur masculinité, et les délivrer de tous les complexes.

Ce changement de mentalité et l’influence de la mode font prospérer l’industrie du prêt-à-porter, les robes ou les costumes proposés sont lancés à partir de tissus éphémères souvent sortis des usines chinoises à prix super-compétitifs.
La qualité de ces produits est forcément médiocre, et leur remplacement au bout d’une saison est d’autant plus impératif que leur durée de conservation dans nos placards ne se pose même plus.

Les fameux « jeans » légendaires subissent à leur tour la logique du système : devenus des vêtements universels, ils changent à leur tour selon les caprices des créateurs et des fabricants. Vendus à des dizaines de millions d’exemplaires, ils représentent un énorme marché, ce qui explique pourquoi les industriels incitent au renouvellement des tissus, des couleurs, et des modèles pour garder dans toutes les catégories sociales un haut niveau de consommation. La crise financière et la baisse du pouvoir d’achat n’affecteront pas cet uniforme qui offre un large éventail de prix qui va du montant le plus accessible aux chiffres les plus extravagants.

La tyrannie du bonheur n’est jamais à court d’une stratégie.

On en a un exemple avec l’abandon du mythe des grosses cylindrées au profit des voitures électriques ou des moteurs fonctionnant à l’hydrogène. Si la vieille industrie automobile ne se révèle plus rentable, le désir d’acquérir des moyens de transport novateurs va de pair avec la bonne conscience écologique.

En conséquence, l’économie réelle reprend tôt ou tard le dessus, même si ces bouleversements successifs n’épargnent pas des millions de victimes collatérales. L’histoire du capitalisme est parsemée de ces douloureuses mutations cycliques jusqu’au moment où le système arrive à les contourner, et à repartir de plus belle…

Les pilules du bonheur

La tyrannie du bonheur est à l’origine d’un fabuleux essor de l’industrie pharmaceutique, qui oppose aux paradis artificiels tels l’héroïne ou le cannabis des médicaments bénéficiant d’un label scientifique issu des laboratoires de recherche, et prescrits soit par un généraliste, soit par un psychiatre averti avec l’assentiment des autorités. Pour le grand public, ces spécialités fabriquées par les multinationales ne représentent pas de danger, dès lors qu’elles obtiennent une mise sur le marché, tout à fait officielle. Le fait que certains de ces produits déclenchent quelques années plus tard des effets secondaires n’empêche pas leur première diffusion, et n’affecte guère les énormes profits engrangés par les firmes au moment de leur lancement.

Sur ce point, l’affaire du « Prozac » reste historiquement exemplaire : lancé comme un remède-miracle contre la dépression, et administré à des millions d’individus à la recherche d’un mieux-être, ce médicament a souvent provoqué des effets inverses et surtout une redoutable addiction.

Malgré les polémiques, les nouveaux anti-dépresseurs fabriqués par des marques concurrentes n’ont pas désarmé, et la consommation de ces pilules du bonheur est en France en constante augmentation.

Dans ce domaine, l’hyper-consommation survit à la crise, et les difficultés quotidiennes rencontrées par les gens ne feront qu’accentuer cette tendance.

Toutefois, l’obligation d’être heureux et bien dans sa peau ouvre des parts de marché considérables aux fameux compléments dits naturels, censés stimuler la sexualité, à partir de la phytothérapie et de prétendues recettes-miracle expérimentées en Afrique ou en Asie…

Curieusement, cette industrie parallèle rocambolesque se développe hors de tout contrôle et réalise de gros chiffres d’affaires jouant sur la naïveté de consommateurs persuadés d’échapper au piège des usines pharmaceutiques, en revenant aux bienfaits de la mère-nature. La plupart des sociétés qui proposent ces faux élixirs, ces filtres d’amour, et ces huiles essentielles ont leur siège en Belgique, aux Pays-Bas ou en Suisse et prospectent leur clientèle par Internet ou par courrier postal.

Ce marketing parfaitement rôdé consiste à envoyer des cures d’essai moyennant un premier chèque, une astuce pour rendre crédible une promesse de bonheur, de rajeunissement ou de séduction.

L’ampleur que prend ce commerce souligne le profond désarroi de ceux que la médecine traditionnelle n’a pas réussi à aider, et qui veulent atteindre par n’importe quel moyen ce fameux bonheur hors d’atteinte.

Les plus raisonnables se tournent vers l’homéopathie, une discipline controversée depuis plus d’un siècle, mais dont les adeptes sont convaincus des bons résultats sans doute parce que le facteur psychologique y joue un rôle déterminant.

La dictature du bonheur contribue également à l’essor de la psychanalyse version américaine : qu’elle soit pratiquée sur le divan pendant quelques années ou encore face à face, cette méthode vise à donner à chaque individu l’équilibre nécessaire pour mener à bien son combat socio-professionnel, en un mot pour forger une carapace propre à le rendre imperméable aux émotions et aux chocs affectifs qui pourraient l’écarter de son chemin.

Ainsi au bout de sa cure, on aura créé un futur citoyen parfaitement intégré à la norme, et conforme au modèle productiviste. Cela exige qu’il reste jeune, beau et performant.

Place à la morale

Pour asseoir leur pouvoir et gagner les suffrages des électeurs, les politiques n’hésitent pas à gouverner en jouant sur la fibre compassionnelle pour démontrer aux foules à quel point ils sont humains. Les médias volent à leur secours lors des catastrophes et c’est là qu’intervient comme une « overdose » le bataillon de prétendus psychologues dépêchés sur les lieux du drame, et dont le rôle nous rappelle celui des pleureuses dans la tragédie grecque.

L’ordre établi gagne sur les deux tableaux : d’un côté, il règne sur des citoyens accrochés à l’argent-roi, d’autre part, il les maintient par l’illusion d’une solidarité collective face au malheur d’autrui.

Actuellement, s’ajoute à tout cela une volonté de « moraliser » le capitalisme, en gommant le scandale déclenché par les pratiques abusives des parachutes dorés, et des indemnités de départ le plus souvent allouées à des dirigeants d’entreprise ou des banques qui ont fauté. Si un partage des richesses moins choquant se profile à l’horizon, ces réformes à venir ne sont finalement que des retouches envisagées dans le seul but de pérenniser le système…

L’immense espoir né avec l’élection triomphale de Barack Obama se trouve désormais aux prises de l’économie réelle et des moments de doute des marchés. Pour appliquer son programme, le nouveau président américain ne peut pas casser la marche en avant de la mondialisation. Les réformes généreuses qu’il envisage ont un coût élevé et l’obligent à naviguer à vue, le slogan « yes we can » ne suffit pas à redresser du jour au lendemain ni la dette abyssale des Etats-Unis, ni l’effort de guerre qui tout en diminuant l’engagement en Irak se déplace vers l’Afghanistan considéré comme le cœur du terrorisme.

Le moment donc n’est pas venu d’abolir le capitalisme, faute de découvrir la recette-miracle qui pourrait le remplacer.

La tyrannie du bonheur change simplement de terrain : son impact devient d’abord psychologique, grâce à une nouvelle version d’un rêve américain mieux partagé, et doté d’une coloration plus humaine, axé sur une solidarité sociale capable de galvaniser l’énergie de chacun.

Curieusement, engagée à fond dans le capitalisme d’état, la Chine ne peut en aucun cas revenir en arrière, et le maintien de sa croissance contient en germe des risques de grèves et d’émeutes, avec ces millions de paysans invités à quitter leurs terres à cause d’une urbanisation galopante, sans oublier la fermeture d’usines non rentables et une masse d’ouvriers réduits au chômage et dépourvus de la moindre protection sociale…

Toutefois, vu l’importance de l’immense marché chinois pour les économies occidentales, Pékin veut conserver en retour l’avantage d’une main-d’œuvre bon marché pour assurer ses exportations et accueillir les délocalisations sur son territoire.

En conséquence, la Chine devient une alliée objective du rebond d’un système capitaliste qui a fait sa force…

La Russie de Poutine – malgré l’atout que représentent ses richesses naturelles – voit son économie réelle malmenée, et se réfugie dans des postures nationalistes convertissant sa nostalgie de grande puissance en menaces guerrières.

En réalité, il ne s’agit là que d’une manipulation de l’opinion publique : face à la montée des mécontentements sur le plan intérieur, le pouvoir répond par une diversion, à savoir le spectre de la guerre froide.

Le bonheur promis – comme partout ailleurs – dépend en Russie à la fois des avantages économiques offerts par la mondialisation, et d’un équilibre financier du système capitaliste. Or la Bourse de Moscou s’est effondrée dans les mêmes proportions qu’en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie. L’idée d’un retour à la nationalisation des banques est impensable, et la précarité menace des catégories sociales jusqu’ici épargnées par la crise. Les nouveaux riches mettent leurs avoirs à l’abri loin de leur pays, ce qui aggrave l’état d’une économie réelle encore victime d’une administration archaïque, en dépit de la solidité de ses fondamentaux. Dans ce climat, le patriotisme devient l’arme psychologique du régime en attendant la régulation du système financier mondial. Ancrée dans les mentalités, c’est bien la tyrannie du bonheur qui est devenue l’utopie motrice de la nation.

La tentation existe cependant d’écouter la voix de Soljenitsyne qui prêche pour les valeurs perdues de la sainte Russie, notamment la force de la foi et de la spiritualité face à la dérive d’une société matérialiste qui vide la vie de son vrai sens.

Si cette vision console des millions de croyants, cela ne suffit guère à mobiliser tous les autres, même si l’Eglise orthodoxe vole au secours d’un pouvoir qui le lui doit bien.

Le retour des grandes cérémonies religieuses qui renouent avec le faste de jadis évoquant l’époque des tsars bénéficie de la complicité des dirigeants russes qui voient dans cette alliance objective entre le spirituel et le temporel un moyen d’apaiser cette grande partie de la population qui – loin d’avoir accédé à un mieux-être quotidien – éprouve parfois la nostalgie du régime communiste.

En attendant, l’interdépendance des économies empêche désormais la Russie d’échapper à l’engrenage du capitalisme international, ce qui explique qu’elle entend participer activement à sa survie, et à son éventuelle régulation.

Cette série de constats ouvre toutefois la voie à une redistribution des cartes entre les nations, à la fin d’une hégémonie américaine, et au retour d’une vision plus humaniste dans nos sociétés désormais moins esclaves de la dictature sans merci du profit.

La métamorphose du système

Sans attendre les ravages de la récession qui s’annonce, et que les chiffres confirment à mesure que les mois passent, les dirigeants de tous les pays de la planète s’engagent à préparer une métamorphose radicale du système. La sortie de la crise passe par la refonte d’un laisser-faire financier, seul moyen d’éviter de nouvelles bulles spéculatives. Cela passe forcément par l’éradication de l’actionnaire-roi et de son pouvoir déraisonnable sur les marchés, et la vie des entreprises. Si les mécanismes de contrôle ne bénéficient pas d’un consensus mondial au niveau de leur mise en place, cette démarche risque d’être vouée à l’échec. Ce projet rencontre des îlots de résistance dans le secteur privé américain, chez les oligarques russes, et dans les paradis fiscaux, mais son urgence s’imposera forcément avec des résultats visibles escomptés pour 2011 au plut tôt.

A cela vont s’ajouter la limitation des stocks-options, celle des hauts salaires des patrons, ainsi que le contrôle des suppressions massives d’emplois pratiquées par des méga-entreprises affichant par ailleurs des bénéfices-record. Parallèlement, des mesures sociales seront prises pour éviter que des millions de salariés ne tombent pas dans la précarité et constituent le « Lumpenproletariat » – le prolétariat en haillons – jadis évoqué par Karl Marx.

C’est au prix de ce « lifting » d’un capitalisme meurtrier et sauvage que l’humanité pourra éviter le désastre, et passer d’une néfaste tyrannie du bonheur à une existence acceptable pour les individus.

Cela implique une véritable révolution dans la vie quotidienne des Américains habitués à vivre au-dessus de leurs moyens grâce au crédit. Citoyens d’une ancienne première puissance qui a longtemps reporté sa dette abyssale sur le reste du monde, ils seront obligés à ne compter que sur leurs revenus réels. Il en va de même pour la position des Etats-Unis dans les nouvelles instances internationales où les vingt grands pays réunis à Washington joueront chacun leur rôle dans la prise des décisions menant à la bonne marche du système financier international. Le temps des sommets du G7 ou du G8 est désormais révolu, au bénéfice d’un partage plus juste et plus démocratique du pouvoir de décision.

Au cœur de la crise, la tyrannie du bonheur s’oriente vers des nouvelles cibles pour stimuler la consommation : elle les trouve au carrefour des industries culturelles et des inventions électroniques, comme en témoigne le succès de l’I-Phone et de ses versions successives ainsi que la riposte des firmes concurrentes censées sortir d’autres prototypes de plus en plus performants.

Ce marché ainsi que celui des jeux vidéo est en pleine expansion de même que la fabrication d’une future génération de téléviseurs indispensables en France pour le passage de l’analogique au numérique avec la H.D. (haute définition) pour appât supplémentaire. Ce volume d’investissements est d’autant plus considérable que tous les foyers vont s’en équiper, toutes générations confondues.

Reste le problème crucial du contenu en mesure de contenter les différentes catégories de consommateurs d’images. Les sujets artistiques et culturels seront largement mis à contribution, ce qui donnera un coup de fouet à leur production ainsi qu’à leur diversité : des millions d’internautes font ainsi d’ores et déjà leur marché sur la Toile, en partageant sur des plateformes comme You Tube des contenus parfois piratés. D’autres consommateurs cèderont aux programmes d’avant-garde accessibles sur les portables, qui y ont depuis quelques années installé leur propre festival de films ou de magazines d’autant que la fabrication de ces produits ne requiert pas un gros investissement. Par ailleurs, l’offensive d’un grand groupe comme « Orange » se concrétise par l’acquisition d’un catalogue de films visibles sur ses nouvelles chaînes.

D’autres domaines d’application des progrès technologiques vont simplifier la vie des individus : la relation entre le médecin et son patient permettra une constante interactivité, une continuité et une surveillance des soins, en un mot un énorme gain de temps, et une efficacité à peine envisageable aujourd’hui. Cet exemple ouvre d’un seul coup des perspectives autrement plus encourageantes pour notre système de santé qu’une sempiternelle réforme bureaucratique et comptable de la Sécurité Sociale.

Les constantes avancées de l’imagerie numérique nécessitent certes au départ des investissements considérables, mais elle favorisent une médecine préventive capable de conjurer les syndromes de menace, de détecter le cancer ou encore les maladies cardio-vasculaires avant qu’il ne soit trop tard. Les généticiens contribuent également par leurs recherches à éviter que le grand âge ne soit plus synonyme de pathologies handicapantes, ce qui donne un tout autre sens au désir de longévité.

De grandes catégories de seniors seront ainsi aptes à reprendre des activités utiles et à ne plus considérer qu’une retraite tardive est une punition. Les centres sportifs et les gymnases sont déjà de nouveaux marchés, ceux de l’entretien de la forme physique et même sexuelle de ces personnes considérées encore naguère comme des fardeaux pour leur entourage. Cette évolution, on la constate déjà dans les pays riches, où la pyramide des âges donne l’avantage aux septuagénaires et même aux centenaires de plus en plus alertes et résistants.

La recherche médicale gagnera tôt ou un peu plus tard le combat contre la maladie d’Alzheimer, le Sida ou le Cancer, ce qui ouvre de belles perspectives pour les laboratoires pharmaceutiques en termes de chiffres d’affaires.

Sur ce terrain, la tyrannie du bonheur met la santé de chacun au premier plan des préoccupations. Cette tendance se propage dans les pays émergents, où l’industrie pharmaceutique livre –comme c’est le cas en Inde – des médicaments aux millions d’Asiatiques ou d’Africains, s’insurgeant contre l’injuste monopole détenu par les multinationales occidentales qui n’acceptent pas de baisser les prix de leurs produits pour le reste du monde. Or la compétition comme la concurrence sont par définition les ressorts du système capitaliste, ce qui explique l’impossible retour d’un quelconque protectionnisme à l’ère de la globalisation.

En revanche, le mérite de la crise réside dans le sursaut éthique qui vient corriger – dans le domaine de la santé comme ailleurs – la boulimie du profit à outrance. Autrement dit, si les marchands n’ont pas été brutalement chassés du temple, leur culte du veau d’or est tempéré par des contrôles vigilants et la peur du gendarme international enfin coupable d’intervenir au cœur de leurs transactions.

Nouvelles cibles

Si l’hyper-consommation n’est plus le moteur principal des assoiffés du profit, le moment est venu pour les médias d’orienter le désir vers d’autres cibles, en jouant par exemple sur l’écologie.

Parallèlement à l’abandon des grosses cylindrées en raison du coût du pétrole, l’industrie automobile d’inspiration verte s’apprête à lancer sur le marché des voitures hybrides ou autres prototypes ingénieux, ce qui génère d’intéressantes perspectives pour l’emploi, et de belles promesses de retours sur l’investissement.

A l’intérieur du système capitaliste rien ne se perd, mais tout se transforme. L’Histoire se répète, avec son cortège de victimes collatérales, et ses surprises inattendues.

L’agriculture naguère encore considérée comme un vestige redouble d’importance en cette période de crise alimentaire où les experts démontrent que la terre ne saurait dans les vingt prochaines années nourrir la planète. Vaincre la faim dans le monde fait d’ores et déjà partie des impératifs de tous les états, de même qu’un accès à l’eau potable.

Les chantiers prioritaires du développement durable deviennent la condition d’un maintien de la paix à défaut de laisser le champ libre aux guerres, à l’explosion de la violence, et au retour à la barbarie.

Les sociologues et les politiques le savent, et cette prise de conscience internationale condamne le capitalisme sauvage à se réformer.

Face à la presse écrite et aux radio-télévisions qui appartiennent à la communication verticale, l’opinion publique établit un dialogue horizontal sur la Toile et participe au changement des mentalités.

Chercher l’amour

Si la tyrannie du bonheur continue de maintenir sa pression sur les individus accrochés à la défense de leur niveau de vie, et à leur désir d’emprunter encore et toujours l’ascenseur social, il en va bien autrement dans le domaine de leur vie privée.

Il y a presqu’un demi-siècle que Françoise Giroud pressentait à quel point l’émancipation des femmes allait changer la vie des couples, et les rapports entre les deux sexes. La parité à tout prix connaît son revers, à savoir l’effacement du partenaire masculin, la disparition progressive du rôle du père naguère le chef de la famille, et le symbole d’une certaine autorité face aux enfants. Cette évolution qui voit naître une société matriarcale et une véritable rivalité entre hommes et femmes abolit toute différence entre les sexes au bénéfice d’éphémères relations de plaisirs partagés, hors de ce romantisme, et de cette passion qui n’existent plus que dans les chansons d’amour. Le pouvoir d’achat de chacun, et son avancée socio-professionnelle l’emportent sur les désordres ou élans des sentiments souvent considérés comme des obstacles sur le chemin de la réussite matérielle. D’où la difficulté de vivre à deux et la progression fulgurante du nombre de femmes élevant seules, leurs enfants.

Toutefois, il ne s’agit là que d’une image du moment, susceptible d’évoluer avec le retour d’autres aspirations que celles d’une liberté sans limites.

La pratique de l’homme-objet ne saurait indéfiniment satisfaire les femmes à la recherche d’un partenaire de vie, et d’une relation profonde à construire sur une longue durée. Au niveau de la vie intérieure et d’un bonheur dont elles veulent savourer la plénitude, les femmes d’aujourd’hui cherchent à rétablir un équilibre entre leur besoin d’indépendance et d’accomplissement socio-professionnel, et leur rêve fusionnel avec l’élu de leur choix.

C’est un diagnostic partagé par ceux qui sont à leur écoute, qu’il s’agisse des psychanalystes ou des prêtres témoins de ce manque.

Tout cela prouve que la manipulation des esprits entreprise par le capitalisme sauvage est désormais battue en brèche, et que la tyrannie du bonheur entretenue par la loi du profit à outrance laisse sa place à de meilleurs lendemains. Pour y arriver, le volontarisme et l’ambition de chacun d’entre nous s’imposent pour ne reprendre que le slogan d’Obama désormais célébré par tous les habitants de notre planète, à savoir le « yes, we can » !

Le déclin de l’empire masculin

Du côté des hommes, l’échelle des valeurs naguère en vogue n’a plus cours : la fameuse parité engendre une véritable rivalité dans le monde du travail, et un partage des tâches domestiques au foyer. Le mâle dominant face à l’épouse soumise, le père autoritaire et chef de famille incontesté sont désormais des images du siècle passé. La tyrannie du bonheur a forgé un couple moderne fondé sur un contrat d’associés à parts égales. Si l’attirance sexuelle cimente ce genre de relation, elle n’est en aucun cas un gage de durée.

Réputés plus infidèles que leurs compagnes, les hommes considèrent que les incartades constituent un privilège du sexe masculin auquel ils ne veulent pas renoncer. Si les femmes revendiquent à leur tour cette liberté le couple se déchire, à moins que leurs intérêts financiers ne l’emportent sur leur blessure d’orgueil ou leur affectivité. Ces comportements propres à toutes les catégories sociales démystifient la notion du « sexe faible », et donnent même aux hommes le sentiment d’être désormais confinés dans leur unique rôle au niveau de la procréation. Dans les sociétés occidentales, on se félicite le plus souvent de cette évolution qui permet au sexe autrefois dit « fort » d’exprimer une part de féminité.

Toutefois, cette mentalité n’est plus du tout la même lorsqu’il s’agit des pays musulmans qui n’acceptent pas le déclin de l’empire masculin en raison de considérations religieuses et surtout d’un besoin de maintenir intact leur pouvoir sur les femmes. Cette vision du monde et d’un ordre social immuable s’accompagne d’un véritable culte de la virilité qui impose à l’homme le goût de la guerre dès son plus jeune âge. L’émergence d’un islamisme radical qui se propage et qui exalte à la fois la culture de la mort et la destruction du système capitaliste définit le bonheur à travers le sacrifice. C’est exactement l’objectif du kamikaze qui considère que sa vie personnelle n’a de prix que s’il la voue à la guerre sainte.

Il n’empêche que dans ce contexte, la plupart des grands leaders musulmans sont les adversaires les plus déterminés de cette idéologie fanatique dans la mesure où elle dessert leurs intérêts.

En effet, la valeur-pouvoir exalte le sens de la compétition et l’envie des dirigeants de ces pays de sortir vainqueurs des épreuves cycliques du système capitaliste. Si le colonel Khadafi joue à merveille de l’avantage commercial et politique que lui confèrent ses ressources pétrolières, ou que l’Arabie Saoudite et les émirs du Golfe soient devenus les arbitres de la crise financière ne suffit pas à compenser la montée du terrorisme international.

Face à ces menaces, une majorité de pays collaborent étroitement pour inventer chaque jour de nouvelles parades. Cette solidarité entre des nations qui ne vivent pas sous le même régime politique démontre que chacun veut conserver les acquis de la mondialisation à condition que les réformes du système capitaliste et financier n’en restent pas au stade des promesses. En conséquence, la manipulation des esprits entreprise par la loi du profit à outrance est battue en brèche par une vision plus humaine de la société, et une conception plus respectueuse des aspirations de chaque individu.

Toutefois, l’attention portée à la justice sociale et à un meilleur partage des richesses se manifeste essentiellement dans les sociétés occidentales. Ce n’est pas le souci majeur de la Chine, ni de la Russie uniquement préoccupées par les performances économiques et financières au détriment des conditions de vie des individus.

Pour les millions de chômeurs de ces pays victimes innocentes de la crise, la fameuse stratégie du bonheur tourne au cauchemar.

Yes we can

L’épicentre du séisme qui a secoué le monde s’est d’abord déclaré aux Etats-Unis. Pour remettre les compteurs à zéro, on y est revenu avec l’élection de Barack Obama et son slogan désormais célébré par tous les habitants de la planète, à savoir le « yes,we can ».

Cet appel au volontarisme et à l’engagement de chacun ne relève pas de la démagogie, mais de sa foi dans le pouvoir de l’esprit sur la matière, en un mot d’un retour à ce supplément d’âme qui manque à nos sociétés. Tout porte à croire qu’il gagnera son pari et que le modèle américain exercera une fois de plus dans l’histoire son pouvoir de fascination sur le reste du monde.

Cette fois-ci, il s’agira du vrai bonheur de chacun et non pas de la tyrannie.

Loin d’être condamné, le capitalisme subit une mutation importante et tire parti de la dramatisation médiatique pour mieux rebondir.

Les réformes du système financier international vont atténuer le délire spéculatif, mais l’économie réelle qui gouverne nos vies quotidiennes fonctionnera comme avant.

Ceux qui ne voudront pas jouer le jeu s’exposent au risque majeur de la Dépression qui a précédé le New Deal de Roosevelt et conduit à l’essor d’une industrie de guerre. Pour les Etats-Unis ce serait une mauvaise carte, sachant que les récents conflits armés se sont révélés de mauvaises affaires.

Le billet vert devrait donc gouverner pour longtemps nos économies et nos modes de vie, rêvons que notre nouvel Oncle Sam n’ait pas seulement la main sur le porte-monaie, mais aussi sur le cœur.

27 octobre, 2009

Retour sur « Querelle » de Rainer Werner Fassbinder

Classé dans : Non classé — henrychapier @ 12:24

Réputé inadaptable à l’écran, le chef-d’œuvre sulfureux de Jean Genêt n’a cessé de hanter Rainer Werner Fassbinder jusqu’au jour où il a relevé le pari le plus risqué de sa carrière.

Le personnage de « Querelle », qui se lançait sur ses proies avec ce mélange de séduction perverse, de veulerie, et de pulsions criminelles correspondait à la vision de l’homosexuel présente dans d’autres films de Fassbinder. Fasciné par le monde interlope de Jean Genêt, le cinéaste savait bien que sa traduction en images donnerait lieu à une mise en scène brutale, délirante, jouant sur le paroxysme grâce à une direction d’acteurs impitoyable.

Le climat haletant du film contraste avec certaines longueurs voulues par Jean Genêt, et leur effet sur notre imaginaire.

C’est ainsi que « Querelle » devient une étape capitale dans l’œuvre de Fassbinder, un film radical et dérangeant qui finit pour lui appartenir en propre.

Tourné en 1982 en temps-record, ce dernier film du cinéatse aborde la mythologie de l’univers gay qui le hante depuis toujours, et resserre l’intrigue compliquée du roman de Jean Genêt pour n’en garder que la quintessence.

Ce qui l’obsède c’est la relation entre Eros et Thanatos, la fatalité qui veut qu’une sexualité débridée mène inévitablement à la mort. On reconnaîtra que la chanson de Jeanne Moreau reprenant les paroles d’Oscar Wilde « each man kills the thing he loves » éclaire le côté dévorant de l’amour-passion qui caractérise la nature profonde de l’homosexuel et ses fantasmes. Lysiane, le personnage qu’elle incarne, celui d’une « femme à pédés » amoureuse de Querelle, et qu’elle ne peut atteindre que par son langage cru et ses provocations, fait partie de ce monde interlope où se croisent dans son bar Brad Davis la marin assassin, Franco Nero le capitaine du navire qu’il subjugue et Laurent Malet, la jeune proie disponible.

Dans le décor volontairement tarabiscoté qu’il fabrique, Fassbinder installe sa partition à plusieurs voix, en accentue la mise en scène théâtrale, ce climat oppressant allant de pair avec un abus de sur-cadrages, une préférence pour les plans-séquences, et une photo plongée dans la fumée des cigares… Les cinéphiles y découvriront certains clins d’œil au cinéma underground américain du début des années 60, épris d’érotisme masculin et d’un esthétisme kitsch propres à l’émergence de l’hédonisme dans la contre-culture gay.

Réalisé sous l’emprise des paradis artificiels, « Querelle » n’atteint pas le niveau du « Droit du plus fort » ni celui du magistral « Berlin Alexanderplatz », peut-être parce que la pugnacité du discours politique et social des grands films de Fassbinder ne cadrait guère avec l’univers de « Querelle », centré sur des pulsions et des fantasmes intimes, et une attente inconsciente de la mort.

N.B. : Précisons que le D.V.D. de « Querelle » sortira chez Gaumont mais que l’on peut actuellement revoir grâce à Carlotta ce film-culte dans les salles.

13 octobre, 2009

Le ruban blanc de Michaël Haneke

Classé dans : Non classé — henrychapier @ 17:25

« Le Ruban Blanc » nouveau film de Michael Haneke, et Palme d’Or du festival de Cannes 2009 est à coup sûr son œuvre la plus accomplie, celle qui se distingue de toutes les autres par sa maturité, son message universel, et une belle distance sur son penchant naturel, à savoir la volonté obsessionnelle de déranger avec une certaine jouissance légèrement perverse de son spectateur.

Curieusement, une grande partie des critiques ont cédé à un réflexe pavlovien : comme le récit se situe dans l’Autriche des années vingt, on n’a voulu voir dans ce film qu’un prélude à l’époque nazie. Or la vision pessimiste de Michael Haneke sur la nature humaine dépasse les limites de la géographie et de l’Histoire, dès lors qu’elle relève d’un constat valable sous tous les méridiens et à n’importe quel moment de l’évolution de nos sociétés. Pour être clair, la conviction profonde de Michael Haneke est qu’il n’y a guère d’évolution ou de progrès dans le comportement des êtres, une philosophie partagée par Berkeley et Shelley qui expriment déjà au XIXème siècle que le « human betterment » était une chimère, que les religions ou les lois sociales les plus sévères n‘étaient qu’un paravent hypocrite, sinon la plus dangereuse des contraintes.

Le fait que Michael Haneke situe son récit au cœur d’un village allemand protestant aux alentours de 1913, qu’il choisit à dessein la beauté du noir et blanc, ou encore qu’il décrit avec minutie les rapports sociaux tendus qui font partie du quotidien de ses habitants laisse penser que « le Ruban Blanc » est un film historique.

Figure centrale du récit, le pasteur père d’une famille nombreuse, impose à ses enfants un code de la pureté et de l’innocence, fait de sévices et de châtiments. Cette violence les victimes du bourreau l’exercent en retour sur leurs propres congénères, ce qui nous rappelle la vision d’un La Bruyère qui pensait qu’à l’origine les têtes blondes étaient par définition dès leur naissance des monstres en devenir.

Faut-il penser dès lors que Michael Haneke réduit son propos à l’émergence du nazisme, alors que de telles situations perdurent dans nos sociétés contemporaines pour ne citer que ce qu’inflige de nos jours la loi islamique aux femmes en Afrique ou en Asie, et bientôt en Europe ?

Parsemé d’énigmes, « le Ruban Blanc » laisse chacun libre de ses interprétations, ce qui rend ce film curieusement interactif et dans l’air du temps. Paradoxalement, il nous interpelle par tout ce qu’il insinue et ne montre pas, jouant autant sur notre imaginaire que sur notre admiration à l’égard de l’esthétique de sa réalisation.

Mais trêve de superlatifs : ne manquez sous aucun prétexte l’arrivée le 21 Octobre prochain du « Ruban Blanc » sur nos écrans.

1 octobre, 2009

Bonjour tout le monde !

Classé dans : Non classé — henrychapier @ 12:44

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